Pourquoi tailler un olivier en pot diffère du pleine terre

Un olivier cultivé en pot développe une dynamique de croissance différente d’un sujet planté au sol. En pot, le volume racinaire est limité, les réserves en eau et nutriments sont restreintes, et la croissance annuelle est plus lente (15–25 cm/an contre 30–50 cm en pleine terre selon les conditions). Ces contraintes influencent directement la fréquence et l’intensité des tailles.

L’objectif d’un olivier en pot n’est généralement pas la production d’olives maximale mais l’esthétique : maintenir un port équilibré, dégager le tronc, conserver une silhouette harmonieuse adaptée à l’espace disponible. La taille en pot poursuit donc trois finalités simultanées : formation, entretien et limitation du volume.


Outils nécessaires et préparation

Matériel selon le diamètre des branches

OutilUsageDiamètre de coupe
Sécateur bypass (lame franche)Rameaux fins, bourgeonsJusqu’à 15 mm
Sécateur à enclumeBois mort, vieux bois durJusqu’à 20 mm
Échenilloir (sécateur perche)Branches hautes, accès difficileJusqu’à 30 mm
Scie d’élagageGrosses branches30 mm et plus
Cisailles à haieJamais sur olivier

Désinfection des outils : avant chaque intervention, tremper les lames 30 secondes dans de l’alcool isopropylique à 70° ou une solution de Javel diluée à 10 %. Cette précaution évite la transmission de champignons pathogènes comme Colletotrichum acutatum (anthracnose) ou la verticilliose.

Affûtage : une lame émoussée écrase les tissus au lieu de les couper nettement, ce qui favorise les nécroses et rallonge le temps de cicatrisation. Affûter avant chaque taille importante.


Calendrier des tailles pour un olivier en pot

Vue d’ensemble annuelle

PériodeType de tailleIntensité
Fin février – début marsTaille de formation ou reformationModérée à forte
Avril–maiSuppression des gourmands et drageonsLégère
JuinTaille d’entretien légère si nécessaireLégère
Août (après fructification)Taille de fructification (si oliviers productifs)Légère
Octobre–novembreÀ éviter absolument
Décembre–janvierÀ éviter absolument

Pourquoi éviter la taille automnale

L’olivier entre en semi-dormance à partir de novembre. Une taille tardive stimule l’émission de pousses tendres qui seront immédiatement exposées aux premiers gels. En pot, le risque est amplifié car les racines subissent directement les températures ambiantes sans la protection thermique du sol. Une gelée à −5°C suffit à nécroser des pousses émises après une taille de novembre.


Taille de formation : les premières années

Objectif et principe

Les deux à trois premières années en pot doivent servir à construire la charpente de l’arbre. Un olivier acheté en pépinière est souvent déjà formé, mais les sujets jeunes (godet 2 L ou pot 5 L) bénéficient d’une mise en forme progressive.

La forme “boule sur tige” ou “tête de chat”

La plus répandue pour les oliviers en pot décoratifs. Elle consiste à dégager un tronc unique sur 40–80 cm (selon le pot et l’effet souhaité), puis à maintenir une couronne arrondie au sommet.

Étapes pour un sujet de 3–4 ans :

  1. Identifier le tronc principal le plus droit
  2. Supprimer toutes les branches latérales jusqu’à la hauteur voulue (60 cm par exemple), en coupant ras au tronc sans laisser de chicot
  3. Conserver 3–5 branches charpentières au sommet, orientées dans des directions différentes
  4. Raccourcir ces branches d’1/3 à 1/2 de leur longueur pour les inciter à se ramifier
  5. Au fil des tailles suivantes, maintenir la couronne en volume par des pincements et coupes de retour

La forme naturelle multitige

Pour un effet plus sauvage et méditerranéen. Conserver 3–5 troncs principaux au départ du pot, laisser se développer librement en supprimant uniquement le bois mort, les branches croisées et les branches rentrantes (dirigées vers le centre).


Taille d’entretien annuelle

Printemps : la taille principale

La taille principale s’effectue de fin février (sud de la France) à mi-mars (nord, altitude). Elle doit être terminée avant le départ de végétation, reconnaissable aux premiers gonflements des bourgeons.

Procédure en 6 étapes :

  1. Supprimer le bois mort : branches grises, sèches, sans écorce verte. Couper au niveau de la première fourche saine.
  2. Éliminer les drageons : pousses naissant à la base du tronc ou du pot, parfois même sous le niveau du substrat. Les arracher à la main ou couper le plus ras possible.
  3. Supprimer les gourmands : pousses verticales vigoureuses qui “pomperaient” les ressources sans contribuer à la forme. Reconnaissables à leur angle d’insertion vertical et leur croissance rapide.
  4. Couper les branches croisées : dans une couronne dense, les branches qui se croisent créent des frottements, sources de blessures. Supprimer la moins bien placée.
  5. Réduire les branches rentrantes : celles dirigées vers le centre de la couronne. Elles réduisent l’aération et la pénétration de la lumière.
  6. Équilibrer la silhouette : corriger les déséquilibres en raccourcissant les branches trop développées d’un côté. Couper toujours au-dessus d’un bourgeon ou d’une pousse latérale.

Coupes de retour : technique

La coupe de retour consiste à raccourcir une branche en la coupant au-dessus d’un rameau latéral bien positionné. Ce rameau prend le relais et la couronne se densifie à l’endroit voulu.

Règle du 1/3 : ne jamais raccourcir plus d’1/3 de la longueur d’une branche en une seule intervention. Au-delà, le choc est trop important et l’arbre réagit en émettant des gourmands en grande quantité.

Angle de coupe : 45° légèrement incliné, à 5 mm au-dessus d’un bourgeon orienté vers l’extérieur. Pas de chicot.


Gestion des pousses de la saison et pincement

Pincement de mai-juin

En mai et juin, les nouvelles pousses de l’année atteignent 10–15 cm. Un pincement (suppression de l’extrémité des pousses entre les doigts) encourage la ramification et densifie la couronne sans traumatiser l’arbre.

Pincer quand la pousse a développé 4–6 paires de feuilles. Supprimer les 2 dernières paires de feuilles.

Ce geste simple, pratiqué régulièrement de mai à fin juillet, permet d’éviter une grande partie de la taille structurante l’année suivante.

Entretien estival (juillet-août)

Limiter les interventions à la suppression des gourmands apparus depuis la taille de printemps. Ces gourmands se distinguent par leur croissance verticale rapide, souvent avec des entrenœuds plus longs et des feuilles plus grandes.


Taille sévère : rajeunissement et receppage

Quand intervenir sévèrement ?

Un olivier en pot peut devenir envahi, déséquilibré, ou avoir souffert d’un gel important. Une taille sévère de rajeunissement est alors nécessaire.

Signes justifiant une taille sévère :

  • Moins de 20 % du feuillage en bonne santé
  • Branches principales nécrosées après gel
  • Port irrémédiablement déséquilibré
  • Arbre “figé” sans nouvelles pousses depuis 2 ans

Technique du rajeunissement

Intervenir impérativement en mars, une fois les risques de gel passés (températures nocturnes stables au-dessus de 0°C).

Supprimer 1/3 à 2/3 du volume de la couronne en une fois. L’olivier supporte des tailles très sévères : il peut être ramené à un simple tronc avec quelques chicots de branches (receppage partiel). Des pousses nouvelles apparaissent dans les 4–8 semaines.

Après rajeunissement :

  • Arrosage régulier pour soutenir la reprise
  • Pas d’engrais pendant 4 semaines, puis apport de potassium (favorise le durcissement des tissus)
  • Sélection des nouvelles pousses : conserver 3–5 bien orientées, supprimer les autres

Entretien du pot et relation taille-rempotage

Rempotage et taille : liens

La taille aérienne doit être coordonnée avec la gestion racinaire. Un rempotage dans un conteneur plus grand stimule la croissance et peut nécessiter une taille plus importante l’année suivante. À l’inverse, tailler les racines lors d’un rempotage à même pot ralentit la croissance et permet de maintenir la taille de l’arbre stable.

Fréquence de rempotage recommandée :

  • Oliviers jeunes (< 5 ans) : tous les 2 ans, avec augmentation du pot de 20 % de volume
  • Oliviers adultes en pot définitif : tous les 3–5 ans, à même pot avec taille racinaire et renouvellement du substrat

Taille des racines : couper les racines les plus épaisses encerclant la motte (racines “en boucle”). Raccourcir les racines principales d’1/4 maximum. Enduire les coupes importantes de mastic cicatrisant.

Substrat après rempotage

Mélange recommandé : 40 % terreau universel + 30 % pouzzolane ou billes d’argile + 20 % sable grossier + 10 % compost mûr. Ce mélange drainant prévient la stagnation d’eau, première cause de mortalité chez les oliviers en pot en hiver.


Problèmes fréquents liés à une mauvaise taille

Gourmands envahissants

Apparition massive de gourmands après une taille trop sévère en dehors de la période recommandée. Solution : supprimer immédiatement dès qu’ils apparaissent, avant qu’ils se lignifient. La prévention passe par une taille régulière et modérée.

Jaunissement des feuilles après taille

Un jaunissement diffus sur l’ensemble du feuillage dans les 2–3 semaines après taille indique un stress hydrique ou une carence en azote. Apporter un engrais foliaire azoté dilué (ex. urée à 2 g/L) et vérifier la fréquence d’arrosage.

Cavités et nécroses sur les plaies

Résultent de coupes laissant des chicots ou d’une désinfection des outils insuffisante. Traitement : exciser le tissu nécrosé jusqu’au bois sain, appliquer du mastic cicatrisant (ex. Arbre Fix, Lac Balsam).


Synthèse : récapitulatif de taille selon l’objectif

ObjectifPériodeIntensitéFréquence
Formation (jeune sujet)MarsModéréeAnnuelle
Entretien courantMarsLégèreAnnuelle
Contrôle du volumeMars + pincement juinLégère2×/an
RajeunissementMarsFortePonctuelle
Suppression gourmandsAvril–aoûtTrès légèreAu besoin

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