Fiche technique du compostage

ParamètreValeur cible
Ratio Carbone/Azote25:1 à 30:1 (en masse sèche)
Humidité50–60% (test de l’éponge)
Température phase thermophile50–70°C (15–45 premiers jours)
Température phase de maturation20–35°C
Fréquence de retournement1x par mois (minimum)
Durée compost demi-mûr3–4 mois
Durée compost mûr6–12 mois
pH compost fini6,5–7,5
Taille minimale du tas1 m³ (volume critique pour montée en température)

Le compostage est la décomposition aérobie de matières organiques sous l’action d’une chaîne de décomposeurs : bactéries thermophiles, champignons, actinomycètes, puis macrofaune (vers, cloportes, mille-pattes). Chaque acteur intervient à un stade précis de la décomposition et dans des conditions spécifiques de température et d’humidité.


Les matières à composter

Classification par rapport C/N

Le ratio carbone/azote (C/N) est le paramètre le plus important. Les micro-organismes décomposeurs ont besoin d’azote pour synthétiser leurs protéines et de carbone comme source d’énergie. Le ratio idéal du tas est entre 25:1 et 30:1.

Matières vertes (riches en azote, C/N bas)

MatièreC/N approximatifRemarques
Marc de café + filtre papier20:1Excellent activateur, légèrement acide
Tontes de gazon fraîches15–20:1En couches fines (< 5 cm), sinon compactage
Épluchures de légumes12–25:1Couper en petits morceaux pour accélérer
Feuilles vertes fraîches20–30:1Idéales en été
Restes de repas végétaux15–20:1Enfouir sous les matières brunes
Ortie fraîche hachée10:1Excellent activateur de décomposition
Mauvaises herbes non grainées15–25:1Grainées : éviter ou composter chaud (> 55°C)

Matières brunes (riches en carbone, C/N élevé)

MatièreC/N approximatifRemarques
Carton ondulé déchiré400–500:1Retirer les agrafes, mouiller avant ajout
Copeaux de bois sec400–500:1Les plus riches en carbone
Feuilles mortes sèches40–80:1Broyer pour accélérer (pas obligatoire)
Paille de blé/seigle80–100:1Couper en brins courts
Broyat de branches50–100:1Diamètre max 3 cm pour vitesse optimale
Journaux (noir/blanc)200:1En petites quantités, humidifier
Sciure de bois non traité300–500:1Mélanger impérativement aux matières vertes

Ce qu’il ne faut pas composter

DéchetRaison de l’exclusion
Viandes, poissons, osOdeurs, attrait des rongeurs, pathogènes
Produits laitiersMême raisons que les viandes
Huiles et graisses cuitesImperméabilisent le substrat, retardent décomposition
Végétaux maladesPropagation des pathogènes (mildiou, fusariose) si compost < 55°C
Litières d’animaux carnivoresPathogènes (Toxoplasma, Salmonella)
Agrumes en grande quantitépH très acide, inhibent les vers de terre
Cendres de charbonPrésence de métaux lourds
Matières plastiques, verre, métalNon biodégradables

Les 3 piliers du processus de décomposition

Pilier 1 — L’aération

La décomposition aérobie nécessite de l’oxygène. Sans O₂, les bactéries anaérobies prennent le relais : le processus ralentit considérablement et produit des composés sulfurés malodorants (sulfure d’hydrogène, acide butyrique).

Comment maintenir l’aération :

  • Retourner le tas au moins 1 fois par mois (minimum)
  • Retournement hebdomadaire si température > 65°C (la phase thermophile s’emballe)
  • Incorporer des matières structurantes (broyat, copeaux, paille) qui créent des canaux d’air
  • Ne pas tasser le tas lors des apports
  • Composteurs à compartiments perforés : choisir ceux avec ouvertures latérales > 30% de la surface

Outils de retournement :

  • Fourche à compost (dents en acier inox, manche long)
  • Aérateur en spirale : tourner dans le tas pour créer des canaux sans vider le composteur

Pilier 2 — L’humidité

L’humidité optimale est 50–60% en masse. En dessous de 40%, les bactéries entrent en dormance. Au-dessus de 70%, l’eau chasse l’air des pores et crée des conditions anaérobies.

Test de l’éponge : prendre une poignée de compost et serrer fort dans le poing.

  • Correct : 1 à 2 gouttes d’eau perlent, la poignée garde sa forme en l’ouvrant
  • Trop sec : aucune goutte, la poignée s’effrite → arroser le tas par passes légères
  • Trop humide : l’eau coule abondamment → ajouter des matières brunes sèches et retourner

Gestion saisonnière :

  • Été : couvrir le tas pour réduire l’évaporation (bâche perforée ou veille carton)
  • Hiver : couvrir pour éviter la saturation par les pluies
  • Printemps/automne : généralement pas d’intervention nécessaire

Pilier 3 — La température

La montée en température est le signe d’une décomposition active. Elle est produite par le métabolisme des bactéries thermophiles (Bacillus, Thermus).

Phases thermiques :

PhaseDuréeTempératureActeursCe qui se passe
Mésophile initialeJ1–J715–40°CBactéries mésophilesDégradation des sucres simples
ThermophileJ7–J4550–70°CBactéries thermophiles, actinomycètesDestruction pathogènes, graines, dégradation lignocellulose
RefroidissementSemaine 6–1240–20°CChampignons, actinomycètesHumification, formation acides humiques
MaturationMois 3–12Température ambianteVers, cloportes, champignonsStructuration, formation humus stable

La phase thermophile à > 55°C est particulièrement importante car elle détruit les graines d’adventices et les agents pathogènes des végétaux. Pour atteindre cette phase, il faut :

  • Un volume minimal de 1 m³
  • Un bon équilibre C/N
  • Une humidité correcte
  • Des retournements réguliers qui réactivent les bactéries

Choisir et dimensionner son composteur

Composteur en bois (DIY ou en kit)

Avantages : respiration naturelle des parois, isolation thermique, esthétique, durable (bois traité ou cœur : 15–20 ans) Dimensions recommandées : minimum 1 m × 1 m × 1 m = 1 m³ Modèle à 3 compartiments : idéal pour jardiniers produisant > 30 L de déchets par semaine

  • Compartiment 1 : apports en cours
  • Compartiment 2 : en décomposition
  • Compartiment 3 : compost mûr prêt à l’emploi

Composteur en plastique (type municipal)

Avantages : pas cher (souvent subventionné), léger, facile à déplacer Inconvénients : taille limitée, pas de retournement facile, chauffage excessif en plein soleil estival Placement : mi-ombre en été, plein soleil en hiver

Andain (tas à même le sol)

La méthode la plus efficace pour les grandes quantités :

  • Pas de contenant
  • Largeur : 1,2–1,5 m (accès facile des deux côtés pour retournement)
  • Hauteur : 1–1,5 m
  • Longueur : illimitée
  • Couverture avec bâche paillée ou carton pour maintenir l’humidité

Construction d’un tas efficace : méthode en couches

La méthode Indore (développée par Sir Albert Howard en Inde, 1930s) reste la référence pour un démarrage rapide du compostage.

Composition d’un tas de démarrage optimal

  1. Couche de base (10–15 cm) : broyat ou copeaux grossiers pour créer une aération
  2. Couche verte (10 cm) : tontes fraîches, épluchures, marc de café
  3. Couche brune (15–20 cm) : feuilles mortes, carton, paille
  4. Activateur (saupoudrer) : compost mature ou fumier (1–2 cm) pour inoculer les micro-organismes
  5. Répéter les couches jusqu’à 1–1,5 m de hauteur

Ratio volumique pratique : pour chaque seau de matières vertes, ajouter 2 seaux de matières brunes. Ce ratio (1:2 en volume) donne généralement un C/N proche de 30:1.


Résolution des problèmes courants

SymptômeDiagnosticSolution
Odeur d’ammoniaque, matière visqueuseExcès de matières vertes (C/N < 15)Ajouter matières brunes (carton, copeaux), retourner
Odeur d’œuf pourri, tas froidAnaérobiose (manque d’air ou trop humide)Retourner, ajouter matières structurantes
Tas sec, pas de décomposition visibleTrop sec OU trop de carboneArroser + ajouter matières vertes
Moucherons de terreau (Sciara)Épluchures exposées en surfaceEnfouir les déchets frais sous matières brunes
Fourmis dans le tasTas trop secArroser, retourner
Limaces et escargotsNormal et bénéfiqueNe pas intervenir
Rongeurs (rats, souris)Restes de cuisine (viande, fromage) ou tas non couvertSupprimer les déchets carnés, grillage sous le tas
Tas ne chauffe pasVolume insuffisant OU trop sec OU trop déséquilibréVérifier le volume (> 1 m³), ajuster C/N et humidité
Compost mûr trop lent (> 12 mois)Matières trop grossières, pas assez de retournementsBroyer les apports, retourner toutes les 2 semaines

Accélérer la décomposition

Activateurs naturels

ActivateurUtilisationEffet
Purin d’ortie dilué à 5%Arroser le tas lors du retournementApport d’azote + micro-organismes
Compost mûr ou terre forestièreSaupoudrer entre les couchesInoculation micro-organismes
Fumier de cheval ou de lapin2–3 cm entre les couchesApport azote + micro-organismes
Levure de bière (1 sachet/10 L eau)Arroser le tasActive la flore bactérienne
Cendre de bois tamisée100–200 g/m² de coucheNeutralise l’acidité, apport potasse

Broyage des matières

Diviser la taille des particules par 2 divise le temps de décomposition par 2 à 3. Un broyeur thermique ou électrique traite les branches jusqu’à 5–7 cm de diamètre. Le BRF (bois raméal fragmenté) obtenu est un excellent amendement et structurant de composteur.


Utilisation du compost selon le stade de maturité

Évaluation de la maturité

CritèreCompost demi-mûrCompost mûr
AspectGrumeleux, matières encore identifiablesHomogène, sombre, texture de terreau
OdeurOdeur de forêt, légèrement acideOdeur de terre, neutre et agréable
TempératureLégèrement tièdeTempérature ambiante
Test au sacMis en sac hermétique 10 jours : odeur forte à l’ouvertureMis en sac hermétique 10 jours : odeur légère à l’ouverture

Usages selon la maturité

Compost demi-mûr (3–5 mois) :

  • Paillage en surface sous les arbres fruitiers et arbustes : 3–5 cm d’épaisseur, ne jamais enfouir
  • Paillage sous haies et massifs d’arbustes
  • Ne jamais mettre en contact direct avec les racines ou autour des légumes annuels

Compost mûr (6–12 mois) :

  • Amendement potager avant plantation : enfouir 3–5 kg/m² à 10–15 cm de profondeur
  • Substrat de rempotage : mélanger 20–30% de compost mûr avec terreau et sable/perlite
  • Dépôt en surface pelouse : 500 g/m² après scarification ou aération, ratisser légèrement
  • Fond de trou de plantation pour arbres et arbustes : 1–2 kg par m³ de volume de trou

Ne jamais :

  • Planter directement dans du compost pur (brûlure des racines par minéralisation excessive)
  • Enfouir du compost demi-mûr autour des légumes (concurrence avec les racines en décomposition)
  • Dépasser 5 kg/m²/an (excès de nutriments, déséquilibre du sol)

Vers de compost — le lombricompostage

Le lombricompostage utilise les vers épigés (Eisenia fetida, les vers rouges) pour décomposer directement les déchets de cuisine en un compost ultra-riche (vermicompost).

En complément du compostage classique

Les vers de terre (Lumbricus terrestris) et épigés colonisent naturellement le composteur en phase de maturation. Signe d’un bon compost. Les encourager en :

  • Maintenant l’humidité
  • Évitant le traitement aux insecticides
  • Laissant le composteur au contact du sol (migration naturelle depuis le jardin)

Lombricomposteur d’appartement

Pour les personnes sans jardin :

  • Boîte à étages avec tamis
  • Population de départ : 500 g de vers rouges (Eisenia fetida)
  • Alimentation : épluchures végétales, marc de café, papier carton humide
  • Ne jamais ajouter : viande, poisson, agrumes, oignons en grande quantité
  • Production : 1 kg de vermicompost par kg de déchets traités
  • Liquide de drainat (thé de vers) : diluer 10x et utiliser comme engrais foliaire

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